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Vendredi 20 Janvier 2006
McGYVER : NON-VIOLENCE ET SYSTEME D

  

   
Télé Série 3, de mai 1987. p22-27


Avec le personnage qu'il incarne dans «McGyver», Richard Dean Anderson ne fait pas seulement l'éloge de la débrouillardise, il montre également que la violence et les armes à feu ne sont pas indispensables à la réussite d'une série d'action. Une sorte de rachat pour cet acteur qui a bien failli, dans sa jeunesse, devenir un gibier de potence...


Pour les parents du monde entier, un héros comme McGyver est une véritable bénédiction. Plus efficace que n'importe quel sermon, il est l'exemple rêvé pour toute une génération de gamins qui continueraient à se prendre pour des durs, s'il n'était pas là pour leur montrer qu'on s'en sort souvent mieux avec ses méninges qu'avec ses biscottos. Mieux : McGyver ne ramène pas seulement la violence au rang de ringardise, il crée une mode de la connaissance scientifique. Les profs de physique-chimie devraient lui ériger une statue : grâce à lui, les élèves ne vont plus bailler pendant leurs cours en attendant la récré pour se balancer des coups de flingue imaginaires, mais ils vont se passionner pour tous ces petits phenomenes naturels dont leur nouveau héros s'inspire pour mener à bien ses missions...

        UN ENFANT INDEPENDANT
L'ironie de tout ça, c'est que celui que les adultes montrent aujourd'hui en exemple a été dans le passé le pire enfant qu'on puisse imaginer. Fugueur, voleur bagarreur et paresseux, il a arraché des litres de larmes à ses pauvres parents avant de se racheter sur le tard en devenant la vedette que l'on sait. Il faut dire que Richard Dean Anderson, qui incarne McGyver, ne bénéficiait pas des meilleures conditions pour devenir un enfant modèle: né le 23 janvier 1950 à Minneapolis dans le Minnesota il grandit dans une ambiance déplorable au milieu des engueulades intempestives de ses parents, qui ne se sont jamais entendus tout en ayant quand même réussi à concevoir quatre rejetons. Richard est l'aîné des fils Anderson, et cette instabilité familiale va bien vite lui donner le goût de l'indépendance. Ses trois frères l'imiteront d'ailleurs par la suite. «Nous étions comme des satellites», dit-il aujourd'hui pour décrire les rapports distants entretenus avec ses parents...
Dans sa plus tendre enfance, Richard est quand même suffisamment proche de son père pour rêver de devenir comme lui un musicien de jazz professionnel. Mais ses ambitions artistiques disparaissent quelques années plus tard, lorsqu'il devient à école la vedette de l'équipe de hockey. Poussé par ses professeurs, il suit un entraînement intensif pour devenir un jour joueur professionnel, et ses qualités exceptionnelles lui permettent même de songer à une éventuelle carrière internationale. Mais le sort en décidera autrement: après deux fractures successives lors de matchs particulièrement violents, Richard prendra soudain ce sport en aversion et se rabattra sur la natation avant d'opter pour le plongeon de compétition ; mais un nouvel accident le dégoûtera cette fois définitivement de tout entraînement sportif...

        VOYOU
Sans le sport pour se défouler l'adolescent se retrouve livré à lui-même, débordant d'une énergie qu'il ne peut canaliser. De là naîtront ses premiers écarts. «J'avais le potentiel idéal pour devenir un délinquant», dit-il pour expliquer ses soudaines fréquentations qui le pousseront à mener pendant quelque temps une véritable existence de voyou. Peu fier de cette époque de sa vie, l'acteur tient cependant à mettre les choses au point sur son rôle exact au sein d'une certaine bande de Minneapolis qui terrorisait les bourgeois. Bien sûr, il lui est arrivé de se promener avec des barres de fer et de menacer les passants, mais c était avant tout pour s'amuser de leur frayeur. Bien sûr, il lui est arrivé de participer à quelques braquages d'appartement ou quelques pillages de voitures, mais il met un point d'honneur à affirmer qu'il ne fut jamais le leader d'aucune de ces expéditions douteuses, et que son rôle se bornait le plus souvent à faire le guet et à attendre ses comparses au volant d'une voiture en taquinant le ralenti...
La preuve de sa bonne foi se situe probablement le jour de la dissolution de sa bande. Une opération malheureuse où les pilleurs d'auto-radios se sont attaqués à une voiture en ignorant qu'il s'agissait de celle d'un policier, et qui se terminera dans un commissariat face à la machine à écrire de l'inspecteur de service. Son rôle ayant été jugé minime, il sera ramené chez ses parents entre deux gendarmes sans aucune suite pénale. Ce que pensent ses parents de ses activités? Il s'en moquent bien. D'ailleurs, il a pris l'habitude depuis l'âge de quatorze ans de disparaître de la circulation dès que le ton monte dans la maison familiale. Une habitude fort répandue chez les adolescents americains à cette époque où les beatnicks font rage et où, suivant l'exemple des héros de Jack Kerouac ou de Jack London, il est de bon ton de s'enfuir de
chez soi et de bourlinguer sur la route...

        LES FUGUES
Richard multipliera ainsi les fugues, sautant à bord des trains de marchandises ou levant le pouce au bord des chemins. Habitués à ses fréquentes disparitions, ses parents s'inquiéteront quand même le jour où, accompagné de trois copains, il traverse tout le pays pour découvrir la Californie. Il n'a que seize ans à cette époque, et seulement quelques dollars en poche. Agacé par la faim, il rentrera bien vite au bercail, mais ce sera pour s'évader une fois encore l'année suivante. Cette nouvelle expédition du jeune garçon tiendra plus de l'exploit sportif que de la simple fugue: parcourant plusieurs milliers de kilomètres en vélo, il traversera le Canada pour rallier l'Alaska! Une promenade bien longue qui lui laissera tout le loisir de faire le point sur ses problèmes personnels et de tracer des plans éventuels pour l'avenir. Quel miracle va-t-il se produire dans ces contrées glacées? Le climat polaire a-t-il un effet cosmique sur la personnalité de ce garçon dont les veines renferment un mélange de sang suédois, norvégien, danois, irlandais et même mohican, En tout cas, Richard reviendra de son périple l'esprit illuminé par un grand projet: il a décidé de devenir comédien!
Une décision que ses parents n'accueillent qu'avec un enthousiasme mesuré: commédienne elle-même, sa mère connait les difficultés du métier, et n'aurait rien fait pour le précipiter sur les planches. Leur âme d'artiste finira quand même par bénir le projet de leur fils, et Richard étudiera l'art dramatique au St Cloud State College, puis à l'université de l'Ohio. La difficulté du métier, il la découvrira quelques temps après en allant s'installer en Californie pour tenter sa chance auprès des producteurs. Pour subsister, il lui faut travailler comme vendeur dans un grand magasin où on lui confie successivement le rayon des rideaux et celui des chaussures pour hommes. Il se rapproche ensuite de son propos en obtenant un emploi de chanteur-bouffon dans un cabaret de Los Angeles. Mais l'endroit est sordide, et le jeune homme acceptera ensuite un emploi dans le parc d'attraction de Marineland, où il est affecté à la nourriture des orques...

        LE PREMIER ROLE
De cette époque l'acteur garde un souvenir attendri. Il évoque non sans haut-le-coeur ce numéro désopilant dans lequel on lui faisait tenir dans la bouche un poisson mort que les orques venaient lui arracher en bondissant, pour le plus grand plaisir des petits et des grands. Son boulot gagnera en intérêtlorsqu'on lui laissera carte blanche pour organiser le spectacle, et qu'il se mettra à écrire des sketches pour rendre plus attrayante la présentation des orques. C'est à cette epoque qu'il fait la connaissance de David Hasselhoff, un autre acteur débutant qui a tout son avenir devant lui. Tous deux multiplient les auditions et font le siège des agents et des producteurs, mais il leur faudra encore un peu de patience pour que leur carrière débute réellement...
Pour Richard, la chance viendra avec la serie vedette «General Hospital». On lui propose le rôle du docteur Jeff Weber, un personnage un peu effacé mais dans lequel il excellera pendant cinq ans avant d'être pris par un soudain ras-le-bol: «Encore quelques années de plus, et j'ouvrais un Cabinet», dit-il avec humour, convaincu que ces séries fleuves sont un véritable piège pour les acteurs. Sans projet pour le futur, il décide alors de quitter «General Hospital», et pour éviter toute tentation, il prie les scénaristes de tuer son personnage. Lancé dans le circuit Richard retrouvera très vite du travail et participera successivement à des séries comme «Facts 0f Life», «Brides For Seven Brothers» et surtout «Emerold Point NAS», où il fera la connaissance de la ravissante Sela Ward, dont il jouera le frère à l'écran mais qui deviendra sa girlfriend dans la vie...

        McGYVER
Après cette période faste viendront malheureusement les vaches maigres: l'acteur restera sans tourner pendant près d'un an! Aprrenant qu'Henry Winkler, l'ancien Fonzie de «Happy Days», organise des auditions pour rechercher le personnage principal d'une nouvelle série dont il est le producteur, Richard s'y rend sans grand espoir. D'autant que la plupart des candidats sont venus en T-shirt moulant pour mettre en valeur leurs biceps, et que lui s'est vêtu au contraire d'une vieille vest trop large. Ce qu'il ignore, c'est que le propos de la série d'Henry Winkler est justement de s'inscrire en porte-à-faux contre les superflics qui colonisent le petit écran. Dans l'esprit du producteur, le persoonage idéal doit être athlétique (une qualité que Richard possède de toute évidence avec son 1,86m et ses 81kg), mais il doit surtout se dégager une certaine douceur de sa personnalité. Avec ses lunettes et sa vieille veste, Richard a cadré involontairement avec le personnage...
C'est donc avec «McGyver» que l'acteur va connaître le véritable succès. Il faut dire qu'Henry Winkler a eu une idée de génie en créant ce personnage qui déteste les armes et se sort de toutes les situations grâce à ses connaissances scientifiques. Cet agent très spécial est une veritable encyclopédie ambulante, et l'on cite volontiers ces épisodes où il arrête une fuite d'acide avec une barre de chocalat détourne un rayon laser avec une lentille de jumelles ou se sert d'une crosse de fusil comme d'une clé universelle! Dans chaque épisode de «McGyver», le héros a recours à un «truc» basé sur un phénomène scientifique réel. Pour trouver des idées, les vingt-six scénaristes de la série ont consulté des centaines d'ouvrages, avant de se mettre en relation permanente avec les meilleures universités, qui contrôlent leurs élucubrations. Pas une ébauche de scénario sans qu'un expert irréprochable ne donne son accord, et l'authenticité des phénomènes exposés est telle que des savants y consacrent des articles dans la presse, ou viennent même maintenant en faire des explications détaillées à la télévision dans une émission spécialisée! Il fallait s'en douter, une mode est née de cet engouement pour la série, et pour les petitsAméricains, c'est maintenant à qui rivalisera d'astuce en toute circonstance. Un synonyme de «débrouillardise» vient même d'être créé: c'est le mot «mcgyavérisme»! Le mieux, c'est qu'après avoir avalé des dizaines d'ouvrages scientifiques, les fans de la série évitent même du travail aux scénaristes en envoyant des idées qui sont parfois exploitées dans des épisodes!

        UNE BELLE PERFORMANCE
Bien evidemment, Richard Dean Anderson a eté le premier à se passionner soudain pour les sciences : «J'avais toujours détesté la physique et la chimie a cause de leur environnement austère», dit-il, tout à fait conscient que la série a modifié l'état d'esprit de centaines de milliers d'écoliers et de lycéens. Sa performance en tant que qu'acteur est justement d'avoir reussi à eviter le piège d'un personnage trop froid et cérebral. Probablement aidé par son tempérament chaleureux que l'on dit caractéristique des gens du Minnesota, l'acteur a fait de McGyver un homme à la fois surdoué et humain. Ce serait donc une erreur d'attribuer le succès de la série à la seule astuce des scénarios, et le plébiscite du public féminin, peu concerné par les bidouillages, est la preuve du charisme évident de son interprète principal...
Bien conseillé par son ami Henry Winkler, qui en connait un morceau sur la question, Richard Dean Anderson a réussi à garder de la distance et de l'humour par rapport au succès. Deux attitudes essentielles qui lui permettent de s'étonner encore qu'on lui demande un autographe et d'être sincèrement reconnaissant à l'égard de ces millions d'admirateurs et d'admiratrices qui font de lui l'une des vedettes les plus populaires de la télévision américaine. Le prix à payer pour ce succès exaltant, c'est bien entendu un rythme de vie effréne, qui l'oblige à se lever à quatre heures le matin pour commencer à travailler deux heures plus tard. Plus dur encore: il lui faut souvent parcourir le pays pour tourner dans les villes et les paysages les plus divers, contrairement à bon nombre de ses confrères qui se contentent le plus souvent de pointer le matin dans les studios d'Hollywood...

        CELIBATAIRE
Une vie de fou que l'acteur met en avant pour se défiler lorsqu'on lui parle d'éventuels projets matrimoniaux. Il vit toujours comme un célibataire, même si la belle Sela Ward (que l'on peut admirer actuellement dans la comédie «Rien en commun») continue toujours d'être sa régulière. Selon l'acteur, leurs brefs moments d'intimité se situent le plus souvent le week-end lorsqu'il l'emmène le long des routes californiennes dans sa jeep Toyota flambant neuve ou sur sa plus grosse Harley Davidson. Richard Dean Anderson est en effet un passionné de moto, au point d'avoir écrit un projet de série dont le héros serait un motard (a-t-il entendu parler d'un certain «Tonnerre mécanique» ?) et dont il aimerait être le héros.
Rien ne presse cependant: son emploi du temps est suffisamment chargé en ce moment, d'autant qu'en plus de «McGyver» il vient de terminer le tournage de «Ordinary Heroes», qui raconte l'histoire d'un soldat devenu aveugle au Vietnam. Un téléfilm hostile à la guerre qui remontera probablement encore la cote de l'acteur auprès des organisations pacifistes, qu'il l'ont félicité officiellement pour le message de non-violence véhiculé par «McGyver». Une philosophie que Richard Dean Anderson partage totalement avec son personnage, ce qui n'empêche pas sa fibre de comédien de le pousser vers les contre-emplois: dans un prochain téléfilm, il incarnera un flic corrompu et drogué...

 


   
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